#90
Returns/Retours

La belle est venue

Traduction de Jean-Marcel Morlat

Toute la nuit, je regarde les avions s’écraser sur les tours jumelles. Et s’écraser de nouveau. Les boules de feu, les corps qui chutent, l’affaissement soudain des gratte-ciels. Toute la nuit, je regarde les retransmissions télévisées depuis l’Amérique et je pense à Néfertiti.
Voici ce que je sais de cette reine égyptienne : on dit que c’était une princesse venue d’une autre terre. C’était la femme d’Akhenaton, et la mère de six filles. Elle et son mari lancèrent une nouvelle religion. Mais par la suite, elle disparut soudainement de la vie publique.
Certains érudits croient qu’elle fut bannie, peut-être pour avoir défié Akhenaton sur des questions religieuses. Il se pourrait qu’elle ait trouvé la mort. Cependant, tous tombent d’accord sur le fait qu’elle était belle. Les dessins et les statues en témoignent. Et puis il y a son nom. Néfertiti : « La belle est venue. »
Je sais toutes ces choses à cause de ma sœur, Reina. Celle-ci adorait parler de Néfertiti. On pourrait même dire qu’elle en était obsédée. Dans sa chambre, il y avait des piles de livres : La reine soleil, Les monarques de l’Égypte ancienne, La grande femme royale. Et ainsi de suite.
Une fois, pour une fête d’Halloween, elle a imité la coiffure caractéristique de Néfertiti et s’est fardé les yeux au khôl. Elle avait de grands yeux, de doubles paupières, contrairement aux miens, minuscules et étroits, et avec son bronzage de salon, je vous jure qu’elle aurait trouvé sa place sur une felouque voguant sur le Nil.
Elle aimait rappeler aux gens que « Reina » était proche du mot français « reine » ou indien « râni », mais cela n’était pas passé par la tête de mes parents lorsqu’ils lui avaient donné son nom. Mère était davantage préoccupée par les conseils de la diseuse de bonne aventure concernant le nombre de traits de chaque caractère chinois On lui avait dit que Misaki, le prénom qu’elle avait choisi à l’origine, porterait malheur à sa fille encore à naître.
Mes parents ne comprenaient pas pourquoi Néfertiti la préoccupait. Ils éprouvaient peu d’intérêt pour les étrangers et leurs pays.
« Pourquoi est-ce que tu ne fais pas des recherches sur Jingû ? » demanda notre père, faisant allusion à l’ancienne impératrice du Japon.
Elle se moqua tout simplement de son provincialisme et envoya une demande à l’Université américaine du Caire.
Mes parents craignaient que ma sœur transfère sa passion pour Néfertiti sur un homme à la peau noire et qu’elle reste en Égypte pour toujours.
Quand sa lettre d’acceptation arriva, Reina convoqua une réunion de famille. Nous nous rassemblâmes dans la pièce adjacente au vestibule, celle avec des sofas où nous recevions les invités. Reina s’assit en face de nos parents, les genoux serrés l’un contre l’autre, le dos droit. Je m’avachis près d’elle.
« Je me suis décidée, annonça-t-elle. J’ai l’intention d’aller en Égypte.
— Pourquoi ne fais-tu pas une demande plus près de la maison ? » implora père. Derrière ses lunettes, ses yeux brillaient de larmes. « Tu pourrais probablement rentrer à Keiô ou Waseda avec tes résultats aux tests. Il se pourrait même que tu sois acceptée à l’Université de Tôkyô. »
L’Université de Tôkyô — plus connue sous le nom de Tôdai — était l’établissement universitaire le plus prestigieux du Japon.
Mère, les doigts entrelacés, acquiesça de la tête.
Je ne bougeai pas. Ma langue était paralysée. Je fixai le mur opposé où pendait un calendrier sur lequel figuraient l’Empereur et sa famille.
« Les diplômés de Tôdai sont des raseurs », dit Reina, rejetant ses cheveux en arrière. « Regardez tous ces vieux croûtons qui dirigent le pays. Et les plus jeunes pensent comme de vieux schnocks.
— Eh bien, tu n’as pas besoin d’aller jusqu’au Moyen-Orient, insista père. Le Japon est plus sûr — le pays le plus sûr au monde, je veux bien parier là-dessus. »
Ce soir-là, dans l’obscurité, tandis que nous étions étendues sur nos futons, côte à côte, loin de nos parents, Reina me dit : « Ce pays est étouffant. J’ai besoin d’aventure. »

Finalement, nos parents cédèrent.
Pour montrer sa gratitude, Reina passa la majorité de son temps à traîner à la maison durant le printemps et l’été, aidant mère avec le ménage et la cuisine et charmant père avec ses histoires.
Deux nuits avant de partir, elle organisa une grosse fête avec ses amis, et le lendemain nous sortîmes pour dîner en famille.
Nous allâmes à un restaurant de fruits de mer donnant sur le fleuve Yoshino parce que Reina adorait les sushis de thon rouge et qu’elle ne pensait pas avoir l’occasion d’en manger au Caire. Nous prîmes place sur des coussins autour d’une longue table basse couverte de plats préparés avec un grand raffinement — des plateaux de poisson cru ornés de petites fleurs, de la crème renversée aux pignons, de la salade d’algues arrosée de vinaigrette.
Reina, resplendissante dans sa robe de soie rouge, fit le tour de la table et dit : « J’espère au moins qu’ils ont du riz là-bas. »
Telles sont les fadaises dont nous parlions tout en étant absorbés dans nos pensées intimes. Mes parents se demandaient probablement s’ils reverraient Reina. J’essayais juste d’emmagasiner quelques souvenirs supplémentaires de ma sœur aînée adorée. À son retour, elle serait différente ; ça, j’en étais sûre et certaine. Peut-être même bien que je ne l’aimerais plus.

Au moment où son avion décollait, j’essayai de la suivre dans mon imagination. Je tentai de me représenter l’intérieur de l’avion (des sièges bleus ?), les visages des agents de bord (pas trop difficile, étant donné qu’elle voyageait avec une compagnie aérienne japonaise), la nourriture servie à chaque repas (quelque peu perplexe, seuls le poisson et le riz me vinrent à l’idée).
Durant le jour de son départ dans son intégralité, ainsi que le lendemain, j’essayai d’imaginer son état d’esprit (effrayée, mais excitée) et les nouvelles curiosités. Elle verrait des chameaux, supposais-je. Des pyramides. Un océan de sable.
Une semaine plus tard, Reina nous envoya une lettre détaillée :
« Chers Maman, Papa et Mika, me voici enfin sur la terre des pharaons, des momies et de Néfertiti ! »
Père lut ses lettres à haute voix après le dîner lorsque nous étions assis à table à boire du thé vert. Ses mots étaient meilleurs que du dessert, et je les savourai des jours durant.
Les lettres étaient généralement adressées à nous tous, bien que mes parents et moi répondîmes séparément. Finalement, six mois après qu’elle fut partie, une fine enveloppe bleue arriva, destinée uniquement à moi.
Mère me la remit avec un regard avide, mais je l’ignorai et emportai la lettre dans ma chambre — celle que j’avais autrefois partagée avec Reina. Je la tournai dans les mains plusieurs fois, laissant croître mon excitation. Le timbre représentait un homme à l’air distingué coiffé d’un tarbouche. Le cachet de la poste indiquait Le Caire, une semaine auparavant.
Je portai l’enveloppe à mon nez et l’inhalai profondément, essayant de détecter une nuance égyptienne — quelque senteur exotique telle que le crottin de chameau ou l’attar, mais tout que ce je pus sentir fut de l’encre.
Enfin, j’ouvris l’enveloppe et en tirai la lettre de Reina.
« Très chère Mika.
Je suis amoureuse !
Promets-moi de ne pas en souffler mot à papa et maman, mais je vais tout te raconter. Il s’appelle Hassan et il est étudiant comme moi. Superbe, tel un prince du désert, gentleman et poète ! »
Une partie de moi se sentit privilégiée d’avoir gagné sa confiance, de se voir confier les secrets de son cœur. Mais une autre partie fut remplie d’effroi. C’était tout à fait ce que nos parents avaient craint. Reina épouserait cet homme et resterait en Égypte et jamais nous ne la reverrions.
Je me dis que je devais en parler à mes parents immédiatement. Peut-être la forceraient-ils à rentrer au pays avant qu’un mariage ne puisse survenir. Ce serait pour son propre bien, pensai-je. L’amour la rendait folle. Elle avait perdu la raison. Après tout, n’avait-elle pas elle-même écrit que les femmes demeuraient derrière des voiles et des murs, qu’on ne leur accordait pas la même liberté que les hommes ? C’était pire que le Japon.
Mais à vrai dire, quelques mois plus tard, elle cessa d’écrire au sujet d’Hassan. Elle n’expliqua pas ce qui s’était produit.

Lorsque Reina rentra pour de bon au bout de quatre ans, elle devint enseignante d’anglais. Que pouvait-elle faire d’autre avec un diplôme en histoire égyptienne dans une préfecture aussi reculée que la nôtre ?
Toute la journée, elle expliquait le gérondif et l’infinitif à des lycéens turbulents. Nous espérions qu’elle se fondrait dans cette nouvelle vie, mais je crois que son âme virevoltait au-delà des massifs d’hortensias devant notre salle de classe, de l’autre côté des océans et des continents. Elle nous disait qu’elle était heureuse.
Elle découvrit la société internationale, une organisation locale qui montait des soirées culinaires mensuelles. Une fois, ils préparèrent des mets indiens. La fois suivante, le thème fut le Moyen-Orient. Reina participa à cet événement et se lia amitié avec des Égyptiens.
Ahmed était étudiant à l’université locale et sa jeune femme, Nabib, faisait partie de l’aventure. Reina se mit à passer tout son temps libre avec eux. Un autre jour, elle les invita même chez nous à dîner. Reina fit la cuisine.
Père et mère les accueillirent à la porte. Je me tenais debout derrière eux.
Ahmed avait la peau couleur caramel et les cheveux noirs et bouclés. Sa femme portait un foulard bleu et lâche au-dessus de sa tête.
Père essaya de serrer la main d’Ahmed, mais celui-ci préféra s’incliner, tel un visiteur japonais.
Lorsque mère proposa de prendre le foulard de Nabib, cette dernière secoua la tête et le resserra d’un coup sec, comme s’il allait s’envoler. Elle le porta même à table durant le dîner.
« Qu’est-ce que tu as dit que c’était ? demanda père, picorant une croquette de haricots à l’aide de ses baguettes.
— Des ta‘amiyya, répondit Reina, fourrant une fourchetée dans sa bouche. J’adorais ça quand j’étais au Caire. »
Nabib fit oui de la tête. « Ils sont exactement comme ceux que ma grand-mère confectionnait. »
Mère traversa le repas courageusement, grignotant des pruneaux farcis aux noix et des böreks au fromage, mais père capitula lorsque le thé à la menthe arriva.
« C’est trop sucré, commenta-t-il. Donne-moi du thé vert. »
Reina ne sembla pas offensée. Elle lui fit juste de gros yeux. Lorsque Nabib et Ahmed dirent que c’était le meilleur repas qu’ils eussent jamais fait, ma sœur rayonna comme mille soleils.
Au début de janvier, Reina annonça qu’il lui fallait un poulet vivant. « Mes amis en ont besoin pour le Ramadan, expliqua-t-elle. Crois-tu que tonton pourrait nous réserver une de ses poules ? »
Le frère de père résidait dans les montagnes de Tokushima. Il cultivait des mandarines et avait une couvée de poulettes. Nous ne lui avions pas rendu visite depuis plusieurs mois, mais père accepta de lui donner un coup de fil.
Le week-end suivant, nous nous entassâmes tous dans la voiture — Reina, les deux Égyptiens, mère, père et moi. J’essayai de ne pas haleter tandis que nous longions les étroites et sinueuses routes de montagne en faisant des embardées. Il n’y avait pas de barrières de sécurité, et les broussailles denses au bord de la montagne semblaient ne pas vouloir s’arrêter. Si nous avions quitté la route, nous aurions été perdus dans les ronces et personne ne nous aurait jamais retrouvés.
Soudainement, un camion apparut à toute vitesse, émergeant du virage comme si ses freins avaient lâché. Père tourna violemment le volant, nous dégageant de la chaussée pendant un instant, écrasant des branches sous les pneus. Lorsque le camion passa devant nous, la voiture tangua. Puis tout ne fut plus qu’un nuage de poussière derrière nous et j’entendis un chœur de soupirs.
Seul Ahmed semblait imperturbable. « Allah nous protège. » Sa voix était assurée et calme.
Reina émit un murmure d’approbation.
Alors que mon cœur cognait toujours contre mes côtes, je fus saisie par une pensée qui fut presque plus dérangeante que la mort que nous venions de frôler. Et si ma sœur changeait de religion ? Si elle se convertissait à l’islam, serait-elle capable de participer à nos rituels de famille pour la Fête des morts et le Nouvel An ? Ou bien ses nouvelles croyances feraient-elles d’elle une étrangère ?
Je pensais qu’il serait difficile, au mieux, de devoir toujours traverser les montagnes en voiture pour se procurer des poulets vivants, d’avoir à s’agenouiller pour prier lorsque l’appel du muezzin retentirait dans sa tête, même si on se trouvait au beau milieu du grand magasin Sogo.
Je me fis du souci à ce sujet durant le reste du voyage, jusqu’à ce que nous trouvâmes dans le jardin de tonton et que nous regardâmes Ahmed tordre le cou de la poule à mains nues.
Je n’aurais pas dû m’inquiéter. Quelques mois plus tard, Reina amena un homme à la maison qui n’avait rien à voir avec Ahmed. Il était japonais. Il portait un costume en laine bleu marine et une cravate. Il était issu d’une famille qui traitait les feuilles d’indigo pour les teinturiers — un clan pétri de tradition —, bien qu’il travaillât lui-même dans une compagnie de logiciels.
Ils s’étaient rencontrés grâce à des amis, expliqua Reina. Ils avaient l’intention de se marier.
Lorsqu’ils se regardaient, leurs paupières tombaient, emplies de désir. Je reconnus ce regard que j’avais remarqué dans les productions hollywoodiennes, mais jusqu’alors je ne l’avais vu nulle part ailleurs. Et même lorsqu’ils étaient séparés par la longueur d’une pièce, ils semblaient danser ensemble. C’est donc ça l’amour, pensai-je.
Je n’étais pas sûre de ce qui les attirait l’un vers l’autre. Peut-être quelque appel animal, ou quelque chose qui dépassait la science. De toute façon, ils ne semblaient pas avoir grand-chose en commun. Il n’était pas particulièrement intéressé par Néfertiti, ou par quoi que ce soit d’étranger, d’ailleurs. Son seul voyage à l’étranger avait été un voyage organisé à Guam une année auparavant. Malgré cela, il promit à Reina une lune de miel en Égypte.

Le mariage fut quelque chose. Ma sœur en kimono de soie, avec pour commencer le blanc avec la capuche pour cacher les cornes de la jalousie (bien que je doutasse que le jeune marié, qui semblait, de toute évidence, épris de sa nouvelle femme, fasse quoi que ce soit pour faire pousser ces cornes), puis le rouge, éclatant, brodé d’une grue argentée. Nous bûmes et mangeâmes tous à mille ans de bonheur pour les jeunes mariés. Dans des discours, amis et mentors firent des souhaits pour leurs enfants, leur brillant futur ensemble.
Reina était assise à une longue table recouverte d’une nappe, à l’avant de la pièce. Un paravent doré faisait ressortir ses longs cheveux noirs, entassés au-dessus de sa tête. Elle n’avait jamais eu autant d’éclat que ce jour-là.
Après le kimono, elle revêtit une simple robe de velours noir et un diadème. Quant à moi, m’étant jointe à quelques toasts, je me tournai vers l’amie de la famille, assise à ma gauche, et lui dis : « “Tu sais, Reina veut dire “reine” en français.” »

C’est le petit matin et maintenant, tout n’est que fumée, décombres et larmes sur l’écran de télé. J’entends une porte coulisser et mère qui pénètre dans la pièce en traînant les pieds.
« Éteins ça, ordonne-t-elle. Va dormir. » Elle passe sa main dans mes cheveux.
Mais au moment de me glisser lentement à l’intérieur de mon futon, impossible de me débarrasser de ces images. Les avions. Les grands buildings. La poussière et la peur.
Le ciel bleu.
Tout commence à se mêler avec les scènes du temple de Louxor. Le car de tourisme. Les couples en lune de miel. Les hommes avec des mitraillettes qui sont sortis des pierres anciennes en bondissant.
Puis il y a eu la carte postale qui est arrivée une semaine après : « Je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. »
La carte, avec sa vue de barques sur le Nil, est toujours calée contre le sanctuaire familial miniature. Un portrait en noir et blanc de Reina nous contemple depuis le mur au-dessus.
Au moment où je me réveille le lendemain matin, mère a déjà disposé un bol de riz et une coupe de thé vert près de la carte postale. Je vais dans la cuisine et prépare quelques croquettes aux haricots, puis j’y dispose aussi une assiette.

The Beautiful One Has Come

Suzanne Kamata

All night long I watch the planes crash into the twin towers. And crash again. The balls of fire, the plummeting bodies, the sudden sag of skyscrapers. All night I watch the broadcasts from America on television and think of Nefertiti.
This is what I know of that Egyptian queen: It is said that she was a princess from another land. She was the wife of Akhenaten, and the mother of six daughters.  She and her husband started a new religion. But then she suddenly disappeared from public record.
Some scholars believe that she was banished, perhaps for defying Akhenaten in matters of religion. She might have died. All agree, however, that she was beautiful.  Drawings and statues attest to this. And then there is her name. Nefertiti: “the beautiful one has come.”
I know these things because of my sister, Reina. She loved to talk about Nefertiti.  One might even say that she was obsessed. In her room, there were piles of books: Sun Queen, Monarchs of Ancient Egypt, The Great Royal Wife. And on and on.
Once, for a Halloween party, she copied Nefertiti’s distinctive headdress and lined her eyes with kohl. She had large, double-lidded eyes, unlike my tiny narrow ones, and with her salon tan, I swear she belonged on a barge floating down the Nile.
She liked to remind people that “Reina” was close to the French word for queen, “la reine,” or the Indian “ranee,” but my parents had not been thinking that at all when they named her. Mother was more concerned with the fortune-teller’s advice regarding the number of strokes in each Chinese character. She was told that Misaki, the name she had originally chosen, would result in bad luck for her as-yet-unborn daughter.

My parents did not understand Reina’s preoccupation with Nefertiti. They had little interest in foreigners or their countries.
“Why don’t you study about Jingu?” our father asked, referring to Japan’s ancient empress.
She just mocked him for his provincialism and mailed off an application to the American University in Cairo.
My parents worried that my sister would transfer her passion for Nefertiti to some dark-skinned man and stay in Egypt forever.
When her acceptance letter arrived, Reina called a family meeting. We gathered in the room just off the foyer, the one with sofas where we entertained guests. Reina sat across from our parents, her knees pressed together, her back straight. I sat next to her in a slouch.
“I’ve made up my mind,” she said. “I’m going to Egypt.”
“Why don’t you apply someplace closer to home?” Father pleaded. Behind his glasses, his eyes glistened with tears. “You could probably get into Keio or Waseda with your test scores. You might even be accepted at Tokyo University.”

Tokyo University – more popularly known as Todai – was the most prestigious college in all of Japan.
Mother knotted her fingers together and nodded along.
I didn’t move. My tongue was paralyzed. I stared at the opposite wall where a calendar featuring the Emperor and his family was hung.
“Todai grads are a bore,” Reina said, tossing her hair. “Look at all those crusty old men running the country. And the younger ones think like old fogeys.”
“Well, you don’t need to go all the way to the Middle East,” Father insisted.  “Japan is safer – the safest country in the world, I’ll bet.”
That night, as we lay in the dark on our side-by-side futons, away from our parents, Reina said, “This country is suffocating. I need to have some adventures.”

Finally, our parents gave in.
To show her gratitude, Reina hung around the house most of that spring and summer, helping Mother with the housework and cooking, and charming Father with her stories.
Two nights before she left, she had a big party with her friends, and the following evening, we went out to eat as a family.
We went to a seafood restaurant overlooking the Yoshino River because Reina loved blue fin tuna sushi and she didn’t think she’d have a chance to eat it in Cairo. We sat on cushions around a long, low table covered with dishes of exquisitely prepared food – platters of raw fish adorned with tiny flowers, egg custard with pine nuts, seaweed salad drizzled with vinegar dressing.
Reina, resplendent in a red silk dress, went around the table pouring drinks for each of us.
Mother wore black. She sighed and said, “I hope they at least have rice over there.”
Those are the inane kinds of things we talked about as we tended our private thoughts. My parents were probably wondering if they’d ever see Reina again. I was just trying to store up a few extra memories of my adored older sister. When she came back, she’d be different; that, I knew for sure. Maybe I wouldn’t even like her anymore.

As her plane took off, I tried to follow her in my imagination. I tried to picture the insides of the jet (blue seats?), the faces of the airline attendants (not too difficult, since she was flying on a Japanese airline), the food served at each meal (somewhat baffled, I could only come up with rice and fish).
All that day of her departure and into the next, I tried to guess her state of mind (scared, but excited) and the fresh sights. She’d see camels, I figured. Pyramids. An ocean of sand.
A week later, Reina filled in some of the details in her first letter from Egypt:  “Dear Mom, Dad, and Mika, I’m finally here in the land of pharoahs and mummies and Nefertiti!”
Father read her letters out loud after dinner when we were sitting at the table drinking green tea. Her words were better than dessert, and I savored them for days afterward.
The letters were usually written to all of us, although my parents and I wrote separate replies. Finally, six months after she’d gone, a thin blue envelope arrived, addressed only to me.
Mother handed it over with a greedy look in her eyes, but I ignored it and took the letter to my room, the room I had once shared with Reina. I turned it over in my hands a few times, letting my anticipation build. The stamp featured a distinguished-looking man with a flat-topped round cap. The letter was postmarked Cairo, a week before.
I brought the envelope to my nose and inhaled deeply, trying to detect a trace of Egypt – some exotic scent like camel dung or rose attar, but all I could smell was ink.
At last, I slit the envelope open and pulled out Reina’s letter.
“Dearest Mika,
I am in love!
You must promise not to breathe a word to Mom and Dad, but I will tell you all.  His name is Hassan and he’s a student like me. Gorgeous, like a desert prince, a gentleman, and a poet!”
Part of me felt privileged to be taken into her confidence, to be trusted with the secrets of her heart. But another part of me went cold with dread. It was just as our parents had feared. Reina would marry this man and stay in Egypt and we would never see her again.
I thought that I should tell my parents right away. Maybe they would force her to come home before a wedding could take place. It would be for her own good, I thought. Love was making her crazy. She’d lost all reason. After all, hadn’t she herself written that women stayed behind veils and walls, that they were not permitted the same freedom as men? It was worse than Japan!
But then a few months later, she stopped writing about Hassan. She never explained what had happened.

When Reina finally came back for good at the end of four years, she became an English teacher. What else could she do with a degree in Egyptian History in a backwoods prefecture like ours?
All day, she explained gerunds and infinitives to fidgeting high school students.  We hoped that she would blend into this new life, but I think that her mind was flitting beyond the hydrangea bushes outside the classroom, across oceans and continents.  She told us that she was happy.
She discovered the International Society, a local organization that put on monthly cooking parties. One time, they prepared Indian food. The next, the theme was the Middle East. Reina attended the session and made some Egyptian friends.
Ahmed was a student at the local university and his young wife Nabib was along for the ride. Reina started spending all of her free time with them. She even invited them to our house for dinner once. Reina did the cooking.
Father and Mother greeted them at the door. I stood behind them.
Ahmed had caramel-colored skin and curly black hair. His wife wore a floaty blue scarf over her head.
Father tried to shake Ahmed’s hand, but he bowed instead, like a Japanese vistor.
When Mother offered to take Nabib’s scarf, she shook her head and yanked it down tighter, as if it might blow away. She wore it even at the dinner table.
“What did you say this was?” Father asked, picking at a bean croquette with his chopsticks.
Tammia,” Reina said, popping a forkful into her mouth. “I loved these when I was in Cairo.”
Nabib nodded. “They are just like my grandmother used to make.”
Mother gamely made her way through the meal, nibbling on prunes stuffed with walnuts and cheese pastries, but Father gave up when the mint tea arrived.
“This is too sweet,” he said. “Give me some green tea.”
Mother quickly got up to shake some tea leaves into a pot.
Reina didn’t seem offended. She just rolled her eyes at me. When Nabib and Ahmed said that it was the best meal they’d ever had, my sister beamed like a hundred suns.
In early January, Reina announced that she was in need of a live chicken.  “My friends need it for Ramadan,” she said. “Do you think that Uncle could spare one of his hens?”
Father’s brother lived in the mountains of Tokushima. He grew tangerines and kept a small brood of pullets. We hadn’t visited him in several months, but Father agreed to call him.
The following weekend, we were all packed into a car – Reina, the two Egyptians, Mother, Father, and me. I tried not to gasp as we swerved along the narrow, curvy, mountain roads. There were no guardrails, and the dense brush on the side of the mountain seemed to go on forever. If we went off the road, we would be lost in the brambles and no one would ever find us.
Suddenly, a truck whooshed into view, coming around the curve as if its brakes were gone. Father wrenched the steering wheel, taking us off the pavement for a moment, cracking sticks under the tires. When the truck passed us, the car swayed.  And then it was just whipped up dust behind us and I heard a chorus of sighs.
Only Ahmed seemed unruffled. “Allah is protecting us.” His voice was sure and calm.
Reina murmured in agreement.
While my heart was still banging against my ribs, I had a thought that was almost more disturbing than our near-death. What if my sister was changing religions?  If she converted to Islam, would she be able to take part in our family rituals for Obon and the New Year? Or would her new beliefs make her a stranger to us?
I thought that it would be difficult, at best, to have to always be driving into the mountains for live chickens, to have to kneel and pray when the mullah’s call sounded in your head, even if you were in the middle of Sogo department store.
I fretted about these things for the rest of the ride, right up until we stood in Uncle’s yard, watching Ahmed wring the hen’s neck with his bare hands.
I shouldn’t have worried. A few months later, Reina brought home a man who was nothing like Ahmed. He was Japanese. He wore a navy wool suit and a tie. He was from a family that processed indigo leaves for dyers – a clan steeped in tradition – though he himself worked at a company that created computer software.
They’d met through friends, Reina explained. They were going to get married.
When they looked at each other, their eyelids became droopy with desire. I recognized that gaze from Hollywood movies, but I’d never seen it anywhere else till then. And even when they were separated by the length of a room, they seemed to be dancing together. So this is love, I thought.
I wasn’t sure what drew them together. Maybe some animal call, or something beyond science. Karma. At any rate, they didn’t seem to have much in common. He was not especially interested in Nefertiti, or anything else foreign, for that matter. His only trip abroad had been a group tour to Guam a year before. Even so, he promised Reina a honeymoon in Egypt.

The wedding was quite an affair. My sister in silk kimono, first the hooded white one to hide horns of jealousy (though I doubted the groom, so transparently enamored of his new wife would ever do anything to make those horns sprout), then the blazing red one with its embroidered silver crane. We all ate and drank to ten thousand years of happiness for the newlyweds. In speeches, friends and mentors made wishes for their children, their shining future together.
Reina sat at a long cloth-draped table at the front of the room.  Her black hair, piled atop her head, was set off by a gilded folding screen. Nothing had such luster as she did on that day.
After the kimono, she changed into a simple black velvet gown and tiara. And I, having joined in quite a few toasts, turned to the family friend seated at my left and said, “You know, Reina means ‘queen’ in French.’”

It is early morning and now there is just smoke and rubble and tears on the TV screen.  I hear a door slide open and Mother shuffles into the room.
“Turn it off,” she says. “Go to sleep.” She runs her hand over my hair.
But when I crawl into my futon, I can’t rid myself of those images. The planes.  The tall buildings. The dust, and fear. The blue sky.
It all starts to get mixed up with scenes of the temple at Luxor. The tour bus.  The honeymoon couples. The men with machine guns who jumped out from behind ancient stones.
And then there was the post card that arrived a week later: “I have never been so happy in my life.”
The card, with its view of barques on the Nile, is still propped against the family shrine. A black and white portrait of Reina looks down from the wall above.
By the time I wake up the next morning, Mother has already set out a bowl of rice and a cup of green tea next to the post card. I go into the kitchen and cook up a few bean croquettes, and then I put a plateful of those there, too.

Jean-Marcel Morlat est né à Paris et réside au Québec depuis 2010. Il a traduit le livre de Philippe Wamba : Parenté: l’Odyssée d’une famille en Afrique et en Amérique et collabore avec différentes revues littéraires : XYZ, Traversées, L’Ampoule et Revue Rue Saint Ambroise.

Suzanne Kamata a grandi à Grand Haven, dans le Michigan. Elle réside actuellement à Tokushima, au Japon, avec son mari et ses deux enfants. Ses nouvelles, essais et critiques littéraires ont paru dans de nombreuses publications telles que Real Simple, Brain, Child, Cicada, et The Japan Times. Elle a été en lice pour le Pushcart Prize cinq fois et a reçu une mention spéciale en 2006. Elle a remporté le Nippon Airways/Wingspan Fiction Contest deux fois, et a été lauréate du Paris Book Festival et du SCBWI Magazine Merit Award.