#91-92
Translation

 

En (h)auteur

Myriam Legault-Beauregard et Adam Meisner

 

Je suis traductrice.

He a writer.

Nous sommes collègues.

We love books, we love words.

J’écris parfois.

Je lui ai demandé s’il voulait me traduire, pour faire changement.

He said yes.

Je lui ai envoyé quelques poèmes.

He chose my favorite pair.

Une paire?

I need to contextualize (context is key – as every translator will tell you).

J’ai écrit le premier poème à Banff, pendant une résidence de traduction littéraire, en 2015.

The poet I was translating inspired me – she wrote about the secrets of the Beast.

Ces secrets, je les ai faits miens. En 2015, parmi les montagnes, au propre comme au figuré,

I was high.

J’ai écrit une centaine de poèmes cette année-là, avant et après Banff.

En 2020, j’ai décidé de réécrire plusieurs de ces poèmes, de les « traduire » en plus clair, avec une distance, avec une certaine maturité et un équilibre mental retrouvé.

He offered me a great analogy for this process: a self-portrait painted back then, and a self-portrait of me back then, painted now.

Ainsi, le deuxième poème est déjà, en quelque sorte, une traduction, du français au français, du premier.

The two poems had a lot in common. And now, there are four of them. Twin texts, twine anklet, intertwined stories… After wishing upon a star to become an author, here I am, translated.

 


 

Translations by Adam Meisner

 

The Rendezvous of Vows

(after Rachael Boast)

Chipped teal polish
a week’s growth on my legs
the twine of my anklet fraying.
Come Friday, could the
prophesy of the stars
come true?

I saw rose
petals and hoof
prints along the trail
even a glove lost en route
to the teahouse beyond
the mirror lake
I saw signs—
but the key?

My mind elsewhere
spinning around again
inside of that fairy story
I listen with my
ear to the wall
a cleaving of
the heart.

 


 

Summit of Secrets

(for Nikola Pezić)

They were all there
or mostly all, only the key
was missing since four of the
Beast’s secrets dotted
the road up to
the summit.

I could see
signs of success
everything symbolic
and even Stockholm Syndrome
seemed romantic—
Cocteau’s films
no weirder
than me.

I write the shape
of the Rocky Mountains
that I still hold in my heart
with golden memories of
the kindred spirits
I feel lost
without.

 


 

Poèmes originaux de Myriam Legault-Beauregard

 

Le rendez-vous des vœux

(d’après Rachael Boast)

Vernis bleu-vert écaillé
des jambes d’une semaine
ma chevillette qui s’effiloche
la prophétie du vendredi
des étoiles bientôt
exaucée?

J’ai vu des pétales
de rose et des traces
de sabots sur le sentier
un gant oublié en chemin
vers la maison de thé
passé le lac miroir
j’ai vu des signes
mais la clef?

La tête ailleurs
étourdie encore
dans le conte de fées
j’écoute aux murs
l’oreille collée
une serrure
au cœur.

 


 

Le sommet des souhaits

(pour Nikola Pezić)

Ils s’y trouvaient tous
ou presque, seule la clef
manquait à l’appel : quatre
des secrets de la Bête
parsemaient la route
menant au sommet.

Moi j’y voyais
des présages de succès
tout était si symbolique
que le syndrome de Stockholm
me semblait romantique
et les films de Cocteau
pas aussi bizarres
que moi.

J’écris en forme
de chaîne de montagnes
des Rocheuses je garde encore
des souvenirs tout doux
des amis âmes sœurs
dont je m’ennuie
à souhait.