#90
Returns/Retours

Coupe-feu

Traduction de Myriam Legault-Beauregard

     
     

Mais une chanson, ou un poème […], n’est-ce pas un jeu
auquel s’adonne le langage pour restructurer le temps ?

— Brodsky

     

Au bout du compte, le jour d’après
la nuit d’avant, je me surpris à regarder
les petits feux brûlant derrière moi
à la lisière des labours, ce nack bar
à l’abandon dans un champ

après Ladybank, où le soleil
pesait sur le paysage,
les collines de Lomond telle une femme
étendue par-delà la frontière
embrassant la portée du vaste ciel ;

passé Markinch et un village nommé Star,
passé Burntisland le long de la mer éclatante,
et puis à Haymarket où il faut transférer
encore et encore, je me demandais
si tu avais fait le même lien que moi :

comme nous étions au bon endroit
au bon moment — toi qui frappais du poing
la porte coupe-feu pour que je t’ouvre
et moi qui m’étais brûlée sur le métal
que j’avais dû pousser pour te laisser entrer

en disant on est déjà passés par là
à tel point que ces wagons qui franchissent
les fleuves des autres vies mènent
encore au couchant qui embrase le contour
des nuages, et me voilà de retour

à mon point de départ, à cet endroit capable
de me faire croire que le temps s’était arrêté,
si ce n’était de ta remarque soudaine,
gravée dans ma mémoire : ça ira, c’est la porte
qui est en feu, pas ce qu’il y a de part et d’autre.

Fire Door

Rachael Boast

     
     
     

And isn’t a song, or a poem… a game language
plays to restructure time?
— Brodsky

     

Straight down the line the day after
the night before, I found myself looking
back to small fires burning
at the edge of upturned fields,
to the nack bar abandoned in a yard

after Ladybank, the sun bearing down
on the lay of the land,
the Lomond hills like a woman
sprawled across a borderline
taking in the reach of the long sky;

past Markinch and a place called Star,
past Burntisland by the flaring sea,
and into Haymarket to change
and change again, wondering
if you’d made the same connection as me:

how we’d been in the right place
at the right time – you knocking loudly
from the other side of the fire door,
and me burning my hand as I pushed
the metal bar to get you back indoors

saying we’ve been through this one before –
so much so, these sleepers crossing over
the rivers of other lives lead again
to the descending sun flaring above a line
of cloud as I return to the place

from which I started out, a place that could
trick me into thinking no time at all
had passed, were it not that I remembered
your flash remark: it’s alright, it’s the door
that’s on fire, you said, not the spaces on either side.

Myriam Legault-Beauregard est titulaire d’un baccalauréat en traduction et en rédaction ainsi que d’une maîtrise en études langagières. Elle travaille comme traductrice professionnelle dans la région d’Ottawa-Gatineau. Ses traductions de poèmes ont été publiées dans les revues K1N et Reunion: The Dallas Review.

Rachael Boast has published three collections, available from Picador: Sidereal, Pilgrim’s Flower, and most recently, Void Studies. She is co-editor of The Echoing Gallery: Bristol Poets and Art in the City (Redcliffe Press) and The Caught Habits of Language: An Entertainment for W.S. Graham for Him Having Reached One Hundred (Donut Press).